Extrait d'avis au ministre
Tryngolza (chylomicronémie familiale)
Nom du fabricant : Theratech
Forme : Sol. Inj. S.C. (stylo)
Teneur : 100 mg/ml (0,8 ml)
Indication : Syndrome de chylomicronémie familiale
Recommandation de l'INESSS
Refus d’inscription – Ensemble des aspects
Décision du Ministre
Surseoir à la décision (2026-04-01)
Évaluation publiée le 01 avril 2026
INESSSid: 27321
Recevable le 11 août 2025
Téléchargez l'Avis au ministre sur Tryngolza (chylomicronémie familiale)
Le syndrome de chylomicronémie familiale (SCF) est une maladie qui peut être causée par des variants pathogènes de gènes impliqués dans le métabolisme d’un type de lipide nommé triglycérides (TG). Il s’agit d’une maladie rare dans le monde. En raison d’un effet fondateur, la maladie serait plus fréquente dans certaines régions du Québec comme le Saguenay-Lac-St-Jean et Charlevoix. Le diagnostic, confirmé par des tests génétiques, est posé avant l’âge adulte chez la majorité des
patients.
Le SCF est caractérisé par une hypertriglycéridémie grave et une chylomicronémie, c’est-à-dire respectivement, par des taux sanguins très élevés de TG et de molécules qui les transportent, appelées chylomicrons. Les signes et symptômes causés par le SCF sont non spécifiques et variés. Ils incluent principalement des douleurs abdominales fréquentes, des nausées ou vomissements, une accumulation de gras dans l’œil ou sous la peau, des épisodes d’inflammation aigüe du pancréas (appelée pancréatite) ou une augmentation du volume du foie ou de la rate. Les pancréatites sont la complication la plus grave du SCF car elles entraînent des conséquences importantes (p. ex., hospitalisation, lésion grave du pancréas ou réduction de sa fonction) et peuvent être mortelles. La majorité des patients atteints du SCF subira au moins 1 pancréatite au cours de sa vie. Il n’est pas possible de prédire leur survenue, mais la réduction du taux sanguin de TG en réduirait le risque.
Au Québec, la prise en charge du SCF repose sur un régime alimentaire stricte faible en gras (équivalent à 1 c. à soupe d’huile par jour) et l’abstinence de consommation d’alcool. Indispensable à la prise en charge, ce régime s’avère difficile à suivre pour la plupart des personnes, ne permet pas d’éliminer complètement le risque de pancréatite et peut mener à certaines carences nutritionnelles. Tout écart à ce régime alimentaire, même léger, peut causer un pic de TG qui peut mener à une pancréatite.
L’olezarsen (TryngolzaMC) est une solution qui s’injecte sous la peau une fois par mois. Ce médicament réduit la production d’une protéine qui participe au métabolisme des lipides, ce qui fait diminuer les taux sanguins de TG. Il serait utilisé chez les adultes atteints du SCF, en complément du régime alimentaire.
L’évaluation de l’efficacité et des effets secondaires de l’olezarsen repose sur une étude de bonne qualité, réalisée chez des adultes ayant un diagnostic de SCF confirmé par tests génétiques. Ses résultats indiquent que l’olezarsen, utilisé en complément du régime alimentaire, réduit les taux sanguins de TG de façon plus importante qu’un placebo. Ils suggèrent aussi que les patients traités avec le médicament subissent moins d’épisodes de pancréatite. Aucune amélioration significative de la qualité de vie n’a été mise en évidence dans le groupe traité avec l’olezarsen. Des entrevues qualitatives exploratoires menées chez une sous-population de l’étude indiquent cependant qu’une majorité de patients a rapporté une amélioration qu’ils considèrent significative quant aux symptômes les plus incommodants et aux répercussions de la maladie les plus importantes (p. ex., diminution des pancréatites, amélioration de l’humeur ou des émotions, augmentation de la participation aux activités quotidiennes).
Il s’agit d’un médicament qui apparait somme toute bien toléré ; une diminution des plaquettes sanguines a été observé plus fréquemment chez les patients recevant le médicament comparativement au placebo sans toutefois occasionner de saignements importants.
Le coût de traitement de l’olezarsen est trop élevé et s’ajoute à ceux des meilleurs soins de soutien (MSS). Ce coût additionnel ne peut être justifié par les bienfaits cliniques qu’il procure (c.-à-d. ses effets bénéfiques sur la durée et la qualité de vie des patients). De fait, le rapport entre son coût et son efficacité supérieure par rapport aux MSS seuls n’est pas favorable. De plus, l’INESSS estime que durant les 3 premières années, l’inscription de l’olezarsen entraînerait des dépenses additionnelles jusqu’à environ 98 millions de dollars sur le budget de la RAMQ, pour le traitement de jusqu’à 98 patients atteints du SCF.
Il est possible que l’olezarsen permette de réduire l’utilisation des soins de santé, particulièrement en lien avec la réduction de la survenue de pancréatites et de ses conséquences, mais les risques de saignements demeurent mal caractérisés chez une population clinique plus large. De plus, afin de vérifier l’admissibilité des patients au traitement, il est possible que les tests génétiques permettant de détecter l’ensemble des variants pathogènes associés au SCF, plus coûteux que les tests génétiques ciblant les variants courants, soient réalisés plus fréquemment dans certaines régions du Québec à la suite de l’inscription de l’olezarsen, entraînant des coûts supplémentaires.
L’INESSS est conscient qu’il est important, pour les patients et leurs proches, d’avoir accès à différentes options de traitement pouvant réduire le risque de complications liées au taux élevé de TG associé à la maladie et maintenir une bonne qualité de vie. Dans un contexte de ressources limitées, il doit formuler des recommandations pour que ces ressources soient investies de façon responsable dans l’ensemble du système de santé. Par conséquent, puisque l’olezarsen possède un coût très élevé par rapport aux bénéfices démontrés et qu’il engendre des coûts importants sur le budget de la RAMQ, l’INESSS recommande à la ministre de ne pas rembourser TryngolzaMC.