Extrait d'avis au ministre
Tepezza (orbitopathie dysthyroïdienne)
Nom du fabricant : Amgen
Forme : Pd. Inj. I.V. (fiole)
Teneur : 500 mg
Indication : Orbitopathie dysthyroïdienne
Recommandation de l'INESSS
Refus d'inscription - Valeur thérapeutique
Décision du Ministre
Ne pas inscrire sur les listes des médicaments (2026-03-04)
Évaluation publiée le 04 mars 2026
INESSSid: 25269
Recevable le 18 novembre 2024
Téléchargez l'Avis au ministre sur Tepezza (orbitopathie dysthyroïdienne)
L’orbitopathie dysthyroïdienne est une maladie peu fréquente causée par une anomalie du système immunitaire. Elle touche les tissus autour des yeux, comme les muscles et les graisses, ce qui les fait gonfler. Les 1ers signes de la maladie sont souvent des rougeurs et des douleurs aux yeux ainsi qu’un gonflement des paupières; c'est la phase active de la maladie. Après plusieurs mois, la maladie entre dans une phase inactive où ces symptômes s'améliorent. Toutefois, des changements permanents peuvent survenir dans les tissus autour des yeux. Ces changements incluent l’avancement des yeux (yeux globuleux), la vision double et le strabisme (yeux désalignés), ce qui peut rendre le travail, la conduite et la lecture difficiles. Dans les cas les plus graves, la maladie peut rendre aveugle.
Actuellement, la prise en charge des patients atteints de cette maladie chronique repose principalement sur les corticostéroïdes administrés par voie intraveineuse (I.V.). Ce traitement réduit l’activité de la maladie, mais il n'est pas très efficace pour la vision double ou l’avancement des yeux vers l'avant, et il peut avoir des effets secondaires importants. Ceux qui n’ont pas une réponse suffisante avec les corticostéroïdes peuvent recevoir du tocilizumab (TyenneMC). Ce médicament diminue l’activité de la maladie, aide davantage pour la vision double et la position des yeux, et est généralement mieux toléré. Malgré ces traitements, beaucoup de personnes doivent éventuellement subir plusieurs chirurgies des yeux. Ces interventions, réalisées sur plusieurs mois, comportent des risques de complications.
Le téprotumumab (TepezzaMC) est un traitement qui vise à diminuer la réaction du système immunitaire qui cause le gonflement des tissus dans l’orbitopathie dysthyroïdienne. Il s’administre par perfusion I.V. toutes les 3 semaines pour un total de 8 doses.
Deux études de bonne qualité ont évalué l’efficacité et les effets secondaires du téprotumumab chez les patients atteints d’orbitopathie dysthyroïdienne en phase active et dont la maladie était suffisamment grave pour nuire de façon importante à la qualité de vie. Dans la 1re étude, les résultats montrent qu’après 6 mois de traitement, le téprotumumab est plus efficace que le placebo pour réduire l’avancement des yeux d'au moins 2 mm, la gravité de la vision double rapportée par les patients et l'activité de la maladie, tout en améliorant la qualité de vie. Toutefois, la diminution de l’avancement des yeux est modeste et ne permettrait pas à la majorité des patients d'éviter les chirurgies. En effet, alors que les yeux étaient avancés d’environ 23 mm au départ, les patients ayant reçu le téprotumumab ont eu une diminution moyenne de 2,28 mm comparativement au placebo. De plus, le médicament n'améliore pas la capacité à bouger les yeux. Cette incapacité est souvent liée à la vision double, ce qui soulève des questions sur son efficacité à ce sujet. Par ailleurs, l'efficacité du téprotumumab ne semble pas se maintenir après la fin du traitement pour près du tiers des personnes et il est associé à un risque de problèmes auditifs d’une importance peu connue à ce moment, ce qui préoccupe certains cliniciens. La prolongation de cette étude suggère que les patients qui ont une rechute de la maladie, avec un retour de l’avancement des yeux vers l’avant, peuvent répondre à un 2e cycle de 8 doses de téprotumumab. Dans une autre étude similaire faite chez des patients japonais, le téprotumumab a été associé à une amélioration comparable pour l’avancement des yeux, mais il n’a pas permis d’améliorer la gravité de la vision double. Enfin, l'INESSS reconnait qu’il est plausible que le téprotumumab soit plus efficace à court terme que les corticostéroïdes pour réduire l'avancement des yeux et améliorer la vision double. Cependant, l’INESSS n’est pas en mesure de se prononcer sur l’efficacité comparative entre ce médicament et les corticostéroïdes pour : le strabisme, les bénéfices sur la qualité de vie, l'efficacité à long terme, le besoin en chirurgies et la sécurité. De plus, l'INESSS ne peut se prononcer sur l'efficacité et la sécurité comparative entre le téprotumumab et le tocilizumab.
Devant l’incertitude quant à la capacité de cette thérapie à procurer un réel bénéfice aux patients et à éviter les chirurgies, et au regard de certains effets secondaires préoccupants, il n’est pas démontré que le téprotumumab puisse combler l’important besoin de santé existant. Par conséquent, l’INESSS est d’avis que ce traitement ne satisfait pas au critère de la valeur thérapeutique.
Puisque la valeur thérapeutique de TepezzaMC n’est pas reconnue, les 4 autres aspects prévus par la loi n’ont pas été évalués. Ceux-ci sont :
- la justesse du prix;
- le rapport entre le coût et l’efficacité du traitement;
- les conséquences, sur la santé de la population et sur les autres composantes du système de santé, de l’inscription de ce médicament sur la liste;
- l’opportunité de l’inscrire au regard de l’objet du régime général.