Pratique de la téléconsultation en médecine de première ligne et médecine spécialisée : principes généraux

CONSTATS DE L’INESSS À CE JOUR  (Téléconsultation)

En se basant sur la documentation scientifique disponible au moment de sa rédaction et sur les consultations menées, et malgré l’incertitude existante dans cette documentation et dans la démarche utilisée, l’INESSS met en lumière certains constats généraux pouvant servir à guider les réflexions sur l’encadrement de l’utilisation de la téléconsultation au Québec:

- Au regard de la qualité des soins, les données probantes limitées comparant l’utilisation de la téléconsultation et la consultation en présentiel pointent vers une équivalence possible en ce qui a trait à :

  • L’obtention des résultats cliniques attendus
  • Les taux de complications
  • La mortalité
  • La satisfaction des patients
  • La qualité de vie des patients
  • La satisfaction des professionnels

    L’utilisation de la téléconsultation pourrait par ailleurs amener une :
  • Amélioration de l’adhérence au traitement

- Au regard de la qualité des services et des processus, les données probantes limitées comparant l’utilisation de la téléconsultation et la consultation en présentiel pointent vers une équivalence possible pour :

  • Le nombre d’admissions ou de réadmissions à l’hôpital
  • Le nombre de présentations à l’urgence

    L’utilisation de la téléconsultation pourrait par ailleurs amener une :
  • Augmentation du nombre de suivis
  • Réduction du nombre de visites à l’hôpital
  • Amélioration de l’adhérence au rendez-vous

    Des résultats mitigés et dépendants de la situation clinique ont été relevés en ce qui a trait :
  • Aux nombres d’analyses et d’examens demandés
  • À la durée des rencontres

- Au regard des critères de base pour accéder à la téléconsultation, les informations des guides de pratiques cliniques (GPC) sur la téléconsultation, tant en première ligne que pour les soins spécialisés, indiquent que les éléments suivants devraient être respectés :

  • Obtention du consentement/respect de la préférence du patient
  • Capacité du professionnel de la santé à pouvoir réaliser pleinement sa fonction et ses responsabilités selon ses compétences et le cadre règlementaire et déontologique
  • Capacité d’accéder au dossier du patient
  • Caractéristiques et capacité du patient à participer et à interagir avec le professionnel
  • Disponibilité d’un soutien, si nécessaire (proche aidant, infirmière…)
  • Application du jugement clinique
  • Situation ou condition clinique appropriée

- En ce qui concerne les situations ou conditions cliniques appropriées considérées dans les documents consultés (sans niveau de preuve solide de leur pertinence), lorsque les critères de base le permettent, la téléconsultation pourrait être considérée (mais de manière non exhaustive) pour :

  • Poser un diagnostic
  • Amorcer, renouveler ou ajuster un traitement
    • Pour une nouvelle prescription ou un renouvellement de prescription, plusieurs GPC mettent en garde lorsqu’il s’agit de benzodiazépines/psychostimulants, de narcotiques (p. ex : opioïdes) et de drogues contrôlées (p. ex. : méthadone, suboxone), certains allant même à ne pas recommander ces actes pour les patients inconnus du professionnel et à rappeler de faire preuve de prudence même pour les patients connus.
  • Prendre en charge certains problèmes de santé courants ne nécessitant pas obligatoirement d’examen physique ou nécessitant un examen physique compatible avec le mode de communication utilisé
  • Suivre une condition médicale aigüe ou chronique, entre autres, pour les personnes résidant en région rurale ou éloignée
  • Assurer les soins de transition post-hospitalisation
  • Fournir au patient de l’information et du counseling
  • Voir également la réponse rapide portant sur l’utilisation de la téléconsultation en milieu de vie de personnes en perte d’autonomie résidant en CHSLD et en RI-RTF  

- En ce qui concerne les situations ou conditions cliniques inappropriées identifiées dans les documents consultés (sans niveau de preuve solide de leur pertinence), la téléconsultation ne devrait pas être utilisée (mais de manière non exhaustive) pour :

  • Des conditions ayant besoin d’un examen physique impossible à effectuer à distance
  • Des situations à risque important de détérioration de la condition clinique du patient
  • Des conditions complexes comme :
    • Douleur thoracique, souffle court ou difficulté respiratoire
    • Symptôme d’insuffisance cardiaque congestive
    • Perte de la fonction neurologique
    • Statut mental altéré

- Selon les documents consultés et les membres du comité consultatif, afin d’optimiser l’utilisation générale de la téléconsultation en première ligne et pour les soins spécialisés, tant pour les patients que pour les professionnels de la santé, plusieurs éléments seraient à considérer sur divers plans :

TECHNOLOGIQUE

  • Accès à une infrastructure et à des solutions technologiques adéquates et compatibles entre elles
  • Choix de modalités technologiques favorisant l’accès et une qualité d’interaction adéquate
  • Possibilité d’utiliser des objets connectés (p. ex. : glucomètre, tensiomètre) pour soutenir la consultation

HUMAIN ET COGNITIF

  • Connaissance des modalités et du fonctionnement de la téléconsultation
  • Considération de la littéracie, de l’âge, de l’éducation et de la condition générale de santé des patients
  • Considération de la littéracie technologique des professionnels
  • Confort et préférences du patient

 CLINIQUE

  • Capacité de réaliser un examen clinique et physique ou un diagnostic adéquat
  • Accessibilité des informations cliniques nécessaires
  • Approche cohésive soutenant la continuité entre professionnels, entre milieux de soins, entre l’équipe de soins et le patient (continuité relationnelle)
  • Balisage clair des conditions cliniques et des types de consultations appropriés
  • Mise en place de mesures pour favoriser la compréhension et la rétention de l’information par le patient

ORGANISATIONNEL ET PROFESSIONNEL

  • Leadership et gouvernance dans une approche cohésive et flexible, en partenariat avec les divers paliers organisationnels et milieux de soins
  • Encadrement légal et règlementaire approprié et soutien à l’obtention du consentement éclairé des patients
  • Élaboration d’ententes professionnelles, organisationnelles ou interinstitutionnelles
  • Mise en place de processus et modalités pour assurer la sécurité et la confidentialité des informations partagées
  • Procédures et processus administratifs et cliniques clairs
  • Rôles et responsabilités professionnels bien définis
  • Présence de soutien technologique et administratif
  • Formation et accompagnement à l’utilisation de la technologie disponibles pour l’ensemble des utilisateurs
  • Processus d’évaluation et modalités de suivi de la qualité

En bref, lorsque les conditions facilitantes sont en place, dans certaines situations ou conditions cliniques, auprès de certaines clientèles ou dans des contextes particuliers, la téléconsultation pourrait être considérée comme une alternative appropriée et sécuritaire à la consultation en présentiel, dans l’optique où elle est intégrée au moment opportun dans le parcours de soins du patient et qu’elle s’incorpore à la continuité des soins. Elle pourrait constituer une modalité adéquate pour améliorer l’accessibilité aux soins de santé et ainsi réduire certains risques, contraintes et iniquités. Toutefois, la téléconsultation devrait être considérée comme une modalité de prestation de soins supplémentaire ou complémentaire et ne devrait jamais devenir l’unique modalité de consultation.

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