Extrait d'avis au ministre

Soliris

Dénomination commune / Sujet : Eculizumab
Nom du fabricant : Alexion
Forme : Solution pour perfusion intraveineuse
Teneur : 300 mg

Indication : Hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN)

Recommandation de l'INESSS
Avis de refus – Autre

Décision du Ministre
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Evaluation publiée le 1 octobre 2009

Description du médicament

L’eculizumab est un anticorps monoclonal qui se fixe spécifiquement à la protéine C5 du complément et inhibe l’activation du complément terminal. Il est indiqué pour le traitement des personnes atteintes d’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) dans le but de réduire l’hémolyse. Les traitements actuels de l’HPN sont principalement palliatifs et non spécifiques : transfusions sanguines, anticoagulants et corticostéroïdes.

Valeur thérapeutique

L’étude TRIUMPH, un essai randomisé et contrôlé (Hillmen 2006), a été réalisée chez 87 personnes atteintes d’HPN et nécessitant des transfusions sanguines. Le but de cet essai était de comparer l’efficacité et l’innocuité de l’eculizumab à celles du placebo durant 26 semaines. Les principaux résultats sont les suivants :

  • Le pourcentage de personnes avec stabilisation du taux d’hémoglobine est plus élevé dans le groupe traité avec l’eculizumab que dans le groupe placebo (49 % contre 0 %, p < 0,001);
  • Les personnes traitées avec l’eculizumab nécessitent moins de transfusions que celles du groupe placebo (p < 0,001);
  • L’indépendance transfusionnelle est atteinte chez 51 % des individus traités avec l’eculizumab et chez aucun de ceux du groupe placebo (p < 0,001);
  • L’hémolyse intravasculaire, mesurée par le taux de lactate déshydrogénase, est réduite de 85 % avec l’eculizumab. Cet effet se constate dès les premières semaines de traitement;
  • La qualité de vie des sujets s’est améliorée avec l’eculizumab tel que le démontrent les résultats obtenus à l’aide des échelles de mesure FACIT-Fatigue et EORTC QLQ-C30.

La persistance de ces résultats après un an de traitement avec l’eculizumab est d’ailleurs confirmée par ceux de l’étude SHEPHERD (Brodsky 2008). Par ailleurs, une étude d’observation (Hillmen 2007) a été réalisée dans le but d’évaluer l’efficacité de l’eculizumab à réduire le risque thromboembolique. On observe une diminution du taux d’évènements thromboemboliques pendant le traitement à l’eculizumab par rapport à la même période de temps précédant le traitement. Toutefois, ces résultats doivent être interprétés avec précaution dans la mesure où il s’agit d’un devis ouvert.

En somme, le Conseil reconnaît la valeur thérapeutique de l’eculizumab pour le traitement de l’HPN. Les résultats démontrent que l’eculizumab stabilise le taux d’hémoglobine, diminue le recours aux transfusions sanguines, réduit l’hémolyse intravasculaire et améliore la qualité de vie des patients.

Aspects économique et pharmacoéconomique

À la posologie recommandée, le coût du traitement annuel est de 549 473 $ la première année et de 525 876 $ les années subséquentes.

Du point de vue pharmacoéconomique, une étude coût-efficacité, menée dans le contexte de soins de santé du Royaume-Uni, a été analysée (Connock 2008). Cette dernière vise à déterminer l’efficience de l’eculizumab en comparaison avec les meilleurs soins pour le traitement de l’HPN. Les ratios, exprimés en coûts par année de vie gagnée, sont obtenus pour une variété de scénarios. Il s’agit, entre autres, de différents coûts attribués aux soins standards. Convertis en dollars canadiens, les ratios coût-efficacité différentiels de l’eculizumab comparativement aux soins standards vont au-delà de 1 M$ par année de vie gagnée, et ils peuvent aller jusqu’à 2,8 M$ par année de vie gagnée.

Selon le Conseil, la limite principale de cette étude est que les hypothèses de l’évaluation économique sont basées sur des opinions d’experts plutôt que sur des données probantes. Par conséquent, l’incertitude entourant les ratios est importante. Par ailleurs, le Conseil déplore que la qualité de vie des sujets ne soit pas un élément pris en compte dans le modèle pharmacoéconomique, facteur qu’il juge significatif dans cette maladie chronique invalidante. La greffe de moelle osseuse aurait également pu être un comparateur intéressant pour un sous-groupe de sujets. En conclusion, le Conseil juge que les ratios coût-efficacité différentiels de l’eculizumab sont élevés en comparaison avec les soins standards. Dans ce contexte, il ne peut reconnaître, sur la base des données dont il dispose, que l’eculizumab satisfait aux critères économique et pharmacoéconomique. 

Considérations particulières

Les conséquences sur la santé de la population et sur les autres composantes du système de santé sont partiellement prises en considération dans l’étude pharmacoéconomique. C’est pourquoi le Conseil a tenu compte des conséquences de la réduction des transfusions sanguines sur l’utilisation des ressources en santé, la sécurité des individus et leur qualité de vie et de l’importance de l’indépendance transfusionnelle pour la société et les personnes atteintes de l’HPN.

Le seul traitement potentiellement curatif de l’HPN est la greffe de moelle osseuse. Seulement 5 % des personnes atteintes d’une HPN sont candidates à la recevoir. En effet, elle est envisagée chez les personnes sévèrement atteintes, en raison des taux de mortalité et de morbidité élevés. L’étude principale ne permet pas d’identifier les sous-groupes de population chez qui l’utilisation de l’eculizumab pourrait réduire celle de la greffe de moelle osseuse. Il n’y a pas de données comparatives de survie entre le traitement avec l’eculizumab et la greffe de moelle osseuse.

L’HPN est une maladie rare (1/62 000), sévère, chronique et évolutive avec un sombre pronostic vital. La rareté de la maladie nuit à la démonstration de l’efficacité sur certains paramètres cliniques tels que les thromboses, l’impact sur les organes cibles et la mortalité. Cela se traduit également en difficultés à apprécier les aspects économique et pharmacoéconomique.

La Loi sur l’assurance médicaments prévoit que l’accès au médicament doit être raisonnable et équitable. Le caractère raisonnable est défini par l’analyse minutieuse de toutes les affections, le poids qu’impose la maladie aux personnes atteintes, le coût des molécules et la quantité de fonds investis pour un individu. Au terme de cette évaluation, le Conseil a considéré la portée sociale de l’inscription de SolirisMC et il croit qu’il serait déraisonnable et non équitable de consacrer à un problème en particulier et à un individu en particulier un aussi grand volume des ressources (0,5 M$/an) considérant l’ensemble des besoins de santé de la population.

Conclusion

En tenant compte de l’ensemble des critères prévus à la Loi, le Conseil a recommandé le refus d’inscrire SolirisMC sur les listes de médicaments pour le traitement de l’HPN.

 

Principales références utilisées

Brodsky RA, Young NS, Antonioli E, et coll. Multicenter phase 3 study of the complement inhibitor eculizumab for the treatment of patients with paroxysmal nocturnal hemoglobinuria. Blood 2008; 111 (4): 1840-7.

Hillmen P, Muus P, Dührsen U, et coll. Effect of the complement inhibitor eculizumab on thromboembolism in patients with paroxysmal nocturnal hemoglobinuria. Blood 2007; 110 (12): 4123-8.

Hillmen P, Young NS, Schubert J, et coll. The complement inhibitor eculizumab in paroxysmal nocturnal hemoglobinuria. N Engl J Med 2006; 355(12): 1233-43.

Connock M, Wang D, Fry-Smith A, et coll. Birmingham: University of Birmingham, Department of Public Health and Epidemiology. West Midlands Health Technology Assessment. Prevalence and prognosis of paroxysmal nocturnal haemoglobinuria and the clinical and cost-effectiveness of eculizumab. 2008. (Accès à http://www.rep.bham.ac.uk/2008/PNH.pdf).

Note : D’autres références, publiées ou non publiées, ont été consultées.

 

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